Donner, ce simple petit bonheur
0C’est un article probablement barbant que je rédige aujourd’hui. Certainement cucu-la-praline. Il relate deux expériences très fraîches qui m’ont marquées, je voulais en laisser une trace, puisque « J’ai un truc à dire ».
Je voulais tout simplement parler du plaisir de donner. Oui, on y pense pas forcement de cette façon. Donner, pour beaucoup, c’est perdre. Pour moi, donner c’est gagner, c’est partager. C’est avant tout une rencontre, aussi furtive soit-elle.
Je ne parle pas là de donner à une association ou ce genre de choses, j’ai longtemps donné à la Croix-Rouge, ça n’entre pas dans ce domaine.
Mais voici deux exemples qui seront plus parlants.

Photo originale par Greenski (http://commons.wikimedia.org/wiki/User:Greenski)
J’étais sur Paris la semaine dernière. C’était la première fois que j’y étais « seul ». J’ai pris le métro un matin pour aller bruncher chez de très bons amis (« bruncher » n’est pas dans le dictionnaire Chrome, c’est dingue… Troncher. Ah, « troncher » y est, on voit les priorités !). Bref, première aventure dans le métropolitain. Voilà qu’à une station est entrée une dame avec son chariot « Hi-Fi », à faire pâlir David Guetta. Ça faisait plus « Davida Guetto ». Elle a pris un micro, relié à un boitier qui tenait de façon précaire au montant de la poignée de son chariot, fixé avec du ruban adhésif. Appuyant sur un bouton de son désormais fameux boitier pour lancer la musique, elle commençait à chanter sur « Besame Mucho », une très belle chanson. Alors que pendant sa prestation, tout le monde baissait sa tête, comme si la chanteuse allait lancer un maléfice à quiconque la regarderait dans les yeux, je ne pouvais m’empêcher de prêter attention à son spectacle. Elle chantait très bien, elle était souriante. J’étais pris dans une sorte de bulle, de parenthèse dans la ville, hors du temps. Quelques stations plus tard, elle reposait son microphone et commençait à tendre son verre à pièces aux passagers de la rame. Comme il fallait s’y attendre, il resta vide. Je ne blâmerai personne, on ne peut pas passer son temps à donner une pièce à tous les quêteurs des rues, on devrait rapidement faire de même tellement il y en a. Arrivée à ma hauteur, j’ai sorti une pièce de 2€ qui gisait dans ma poche. Je l’ai déposé dans son verre, en la remerciant d’un sourire, qui me fût rendu. Enrichie de ses deux euros, elle quitta ensuite la rame avec tout son matériel. Elle passa face à moi sur le quai, en m’adressant un signe de la main et un très large sourire. Je l’ai salué. Le métro est reparti dans sa course folle vers les ténèbres.

Photo originale : http://www.frenchmomentsblog.com/9-sites-a-decouvrir-a-bordeaux/
Quelques jours plus tard, Bordeaux centre. Alors que j’étais en train d’attendre une personne pour déjeuner, une femme apparemment désemparée est venue à ma rencontre. Elle avait besoin de 20€ pour aller à Arcachon pour un entretien pour un travail. Je dois dire que c’était la première fois qu’on me demandait une somme aussi importante avec une excuse aussi ridicule. Mais son regard me chuchotait « tu peux y croire, laisse-toi faire ». Je ne savais pas ce qu’il se passait, j’aurais d’habitude refusé. Mais j’avais envie d’y croire, de me dire « peut-être va-t-elle pouvoir aller à son entretien grâce à mon aide ». Je lui ai demandé de me suivre au distributeur, je n’avais plus de liquide – à cause de Davida Guetto. J’ai retiré 20€ et lui ai tendu le billet. Je me trouvais bête, je savais bien que je ne reverrai jamais cet argent, bien qu’elle me promettait le contraire. Je voyais bien qu’elle était en difficulté. Mais elle semblait heureuse que je lui accorde du crédit (on dirait un vilain jeu de mot). Elle m’a donné son nom, Nathalie, et son adresse, à travers l’épaisse couche de fond de teint mal disposé. Elle en avait une quantité bien supérieure à ce qu’il me faudrait pour couvrir mes problèmes de peau. Je lui ai donné ma carte, pour qu’elle me recontacte. Je savais aussi que mon téléphone ne sonnerai jamais. Je lui ai souhaité une bonne journée, elle ma remercié d’un énorme bisou. J’ai repris ma route, elle a hurlé « Adrrriiiien ! » dans la rue, tous les gens qui attendaient le tramway tout proche se sont retournés vers moi. Elle m’a rejoint en courant. Elle voulait me demander de ne pas appeler la police, qu’elle me rendrait l’argent. J’ai rigolé, je n’avais pas saisi la réelle mesure de sa détresse. Je lui ai promis de ne rien dire à la maréchaussée, nous nous sommes de nouveau quittés. Pour l’anecdote, la personne que j’attendais pour déjeuner n’est pas venue.
Voilà, deux histoires bêtes, 22€ d’envolés. Pour autant, j’en retire pas mal d’enseignements. Ce serait à refaire, je le referais, avec la même spontanéité.
Peut-être madame Davida s’est-elle achetée à manger avec ses deux euros. Peut-être que Nathalie a pu aller à son rendez-vous. Peut-être aura-t-elle trouvé du travail. Peut-être aussi aura-t-elle dépensé cet argent dans de la bière premier prix.
Ces deux personnes se sont peut-être souvenues de moi, peut-être était-ce leur seul vrai échange de la journée.
En tout cas, ce sont des rencontres qui m’ont plu, et moi je m’en souviens encore. Elles m’auront rendu plus heureux, l’espace d’un instant, l’espace d’un regard.
Parce que l’important n’est pas d’être entendu, mais d’être écouté.